Le prix de la liberté

Vous êtes fan de fantasy ? De fantasy épique ? Alors cette nouvelle qui a pour thème la recherche de la liberté, le combat pour la liberté, est faite pour vous ! Si en plus vous aimez les dragons, la magie élémentaire et les personnages torturés, vous serez servis !

Synopsis : Dans un monde où la magie élémentaire est considérée comme une hérésie, Siobhan, jeune fille de 16 ans au caractère bien trempé, est réduite en esclavage pour avoir pratiqué la pyromancie. Elle qui n’aspirait qu’à vivre l’aventure et découvrir le monde, voit ses rêves soudain piétinés. Alors qu’elle est vendue à une riche famille du sud, Siobhan pourra-t-elle revenir à temps pour éviter un drame ? Le prix pour accéder à ses rêves n’est-il pas trop cher payé ?

« Le prix de la liberté » est une nouvelle d’environ 10K mots, préquelle à mon univers fantasy Erhetylia, en cours d’écriture.

L’avis des lectrices et lecteurs https://merymahaelstrome.fr/ils-en-parlent/

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Extrait de Le prix de la liberté

tout droit réservé

1. L’accord

Le soleil darda ses premiers rayons sur la ville encore endormie.
Un rictus narquois aux lèvres, Siobhan ébouriffa la tignasse blonde de Fedryk. Le garçon de douze ans râla, pour la forme, en se débattant contre la main agaçante de sa soeur. C’était leur rituel matinal depuis quelque temps. Leur journée ne pouvait pas commencer sans cela. Ils n’échangèrent pas un mot, se chamaillant gentiment en silence, pour ne pas réveiller leurs parents, qui dormaient dans la chambre d’à côté.

Siobhan frissonna et noua le châle de laine sur ses épaules, avant d’emboîter le pas de son frère en direction du centre-ville. Les rues désertes à cette heure matinale donnaient une impression de calme. Un chat malingre feula à leur approche, avant de disparaître derrière un amas de caisses en tous genres. Fedryk s’élança en courant, ses bottes résonnant sur les pavés de pierre. Sa soeur aînée soupira, et n’essaya même pas de le rattraper. Après tout, aucun danger ne les menaçait. Une escouade de miliciens les croisa en sens inverse. Leurs talons claquaient en échos de leur marche cadencée. Le sergent salua la jeune fille d’un hochement de tête, qu’elle lui rendit avec un sourire crispé. Les soldats patrouillaient jour et nuit afin d’assurer la sécurité des habitants, faire respecter l’ordre et les lois de l’Empire. Ils surveillaient en particulier qu’aucun élémentaliste ne s’éveille en douce, et ne mette en péril la vie des honnêtes citoyens. Ainsi en avait décidé l’Empire en des temps reculés, lorsque les mages des différentes factions se trouvaient en guerre les uns contre les autres. Depuis la fin des conflits, voilà fort longtemps, la magie élémentaire était jugée hérétique, et le culte d’Enora banni. Seules les capacités physiques étaient reconnues et acceptées, parce qu’utilisées et contrôlées par la Milice.

Devant l’atelier du menuisier, Fedryk leva la main pour souhaiter une bonne journée à sa soeur et disparut à l’intérieur. Il n’en ressortirait pas avant le soir, couvert de sciure de bois et poisseux de sueur. Siobhan sourit à cette pensée, fière de son petit frère, passionné par tout ce qu’il entreprenait. Elle resserra les pans de son châle et continua son chemin vers la taverne. Très frileuse, il lui tardait de se mettre au chaud à l’intérieur, d’entretenir le feu dans l’âtre pour le confort des clients. Toute la journée, elle s’activerait en cuisine et au service.

La porte grinça sur ses gonds quand elle entra dans le bâtiment, et elle soupira d’aise lorsque la chaleur de la pièce lui caressa le visage. L’endroit était désert à cette heure, mais bientôt, de nombreux habitués rempliraient l’espace, et il lui deviendrait difficile de courir d’une table à l’autre avec son plateau sans en renverser le contenu. Depuis la cuisine, elle percevait déjà le tintement des ustensiles dans les casseroles et les grommellements du tavernier, qui n’avait pas dû beaucoup dormir cette nuit. Siobhan ôta son châle qu’elle accrocha derrière le comptoir et s’avança vers son oncle.

– Ah ! Te voilà ! Le ragoût va pas se préparer tout seul ! Épluche-moi ces patates, pendant que je bats la viande, tu veux ?
– Bonjour à toi aussi, riposta Siobhan avec effronterie en attrapant un tubercule de belle taille et un couteau.
– Fais pas ta maline, gamine ! C’est pas parce que ton père est mon frère, que je vais tout accepter de ta part ! la tança l’homme en la menaçant de son marteau à viande.
– Ça va, pas besoin de gueuler comme un sanglier, répondit Siobhan sans s’émouvoir.
Le tavernier plissa ses petits yeux noirs et s’acharna sur le pauvre quartier de boeuf qui n’avait rien demandé à personne. Pendant ce temps-là, Siobhan épluchait consciencieusement les pommes de terre pour accompagner le ragoût. Elle jetait parfois de furtifs coups d’oeil à son oncle, son visage tiré par la fatigue, les cernes autour de ses paupières, son teint pâle. Elle ressentit un pincement au coeur, et tenta de se montrer avenante.
– Comment se portent Janyn et le petit ?
– Comme une mère qui vient d’accoucher, et un môme braillard d’un jour et demi. J’ai pas dormi de la nuit, alors t’avise pas de me chercher. Et évite de faire tomber ton plateau, aujourd’hui ! J’ai pas que ça à faire, de passer derrière toi pour nettoyer !
– Oh là là, quel caractère !
– Tu peux parler ! aboya-t-il alors que Siobhan s’éclipsait de la cuisine pour aller balayer la pièce principale, après avoir terminé d’éplucher les pommes de terre. Elle regrettait déjà d’avoir essayé de se montrer gentille.

La journée se déroula comme la veille. Une fois la salle enfin prête à accueillir les premiers clients, Siobhan leur ouvrit la porte et s’empressa d’aller les servir. Elle n’était pas très douée dans son rôle de serveuse, maladroite et distraite à la moindre occasion. Son caractère bien trempé et sa langue bien pendue lui valaient d’incessantes remontrances, autant de la part des femmes que des hommes, qui auraient préféré que la jeune fille soit plus discrète et plus douce.

Elle ne s’était pas portée volontaire pour remplacer sa tante à la taverne. Loin de là ! Son père l’avait menacée de la mettre à la rue si elle n’allait pas d’elle-même proposer un coup de main. À seize ans, que pouvait-elle faire d’autre ? Elle aurait presque préféré rester à la maison pour aider sa mère à ranger ou faire le ménage. Ce n’est pas qu’elle était asociale, mais entendre les jérémiades des habitants sur le temps qu’il faisait, ou la dureté de leur labeur lui était particulièrement énervant. Elle ne comprendrait jamais pourquoi les filles acceptaient que leur père les marie sans leur demander leur avis. Ou comment pouvait-on se satisfaire d’une vie cloîtrée dans une ville où il ne se passait jamais rien, alors que le monde extérieur leur tendait les bras ? Dans ses rêves les plus fous, elle se voyait parcourir l’Empire et même au-delà, le cul vissé sur le dos d’un dragon aux ailes déployées, dont les rayons du soleil se reflétaient sur ses écailles. Elle s’imaginait, cheveux au vent, découvrir un nouveau territoire, déterrer des trésors enfouis, ou mettre au jour des ruines endormies, après les avoir débarrassées de monstres sanguinaires. Mais les dragons, ça n’existait pas, comme s’amusait à le lui rappeler son père.

Des éclats de rire la ramenèrent soudain à la réalité. Siobhan sursauta pour constater que son plateau gisait à ses pieds — on se demandait bien comment —, et que tous les yeux la scrutaient. Les poings sur les hanches, son oncle la fusillait du regard. Effrontée, elle lui tira la langue et s’empressa de ramasser les bols, les chopes et les cuillères en bois qui éparpillaient leur contenu sur la pierre. À la table d’à côté, un petit groupe de miliciens sur leur pause déjeuner l’observait, un sourire goguenard aux lèvres. Le plus jeune d’entre eux rabroua discrètement ses compagnons avant de venir filer un coup de main à la jeune fille. Elle fronça les sourcils et lui arracha ses effets avant de repartir en cuisine, subir les remontrances du tavernier. Si elle ne se prenait pas une claque cette fois, elle s’en sortirait à bon compte.

Quelques minutes plus tard, Siobhan revint dans la salle, son plateau bien calé entre ses mains, et déposa une chopine devant chaque milicien. Au moment de servir le jouvenceau, qui semblait ne plus la quitter du regard depuis qu’il était entré, celui-ci leva le nez vers elle et lui sourit.

– Me ferais-tu l’honneur de me laisser te raccompagner à la fin de ta journée, Siobhan ?
La jeune fille haussa un sourcil, surprise par la demande aussi inattendue qu’incongrue. Elle allait lancer en réponse la premère remarque cinglante qui lui traverserait l’esprit, quand une idée lui vint à la place. Elle fit basculer la chope de bière et renversa son contenu sur les cuisses du militaire. Puis avec un grand sourire, elle repartit servir les autres clients.

Le soldat pointa un index rageur vers elle en aboyant des insultes, tout en essuyant maladroitement ses chausses souillées sous les éclats de rire de ses collègues. Siobhan s’accorda un rictus. On aurait dit qu’il s’était fait dessus.

Il ne fallut pas longtemps pour que son oncle eut vent de l’incident et que sa voix d’ours mal léché résonne une fois encore pour couvrir le tumulte de la salle bondée. La jeune fille rentra la tête dans les épaules et se composa l’air le plus innocent avant de se retourner. Était-ce de sa faute si le milicien l’avait bousculée au moment précis où elle passait près de lui ? Elle savait qu’elle ne s’en sortirait pas à si bon compte, mais pria pour que les clients soient tout aussi nombreux jusqu’au soir, que le tavernier oublie ce qui était arrivé, et qu’elle revienne chez elle sans encombre.

C’était sans compter sur l’humiliation que le soldat avait ressentie d’être éconduit et humilié de la sorte. Alors, quand elle posa son châle sur ses épaules pour ressortir dans la rue ce soir-là, une surprise l’attendait quelques mètres plus loin. Le jeune homme, et quelques-uns de ses amis apparemment. Craignait-il vraiment une fille de seize ans, seule, pour s’entourer ainsi de toute sa clique ? S’il était milicien, c’est qu’il était doté de capacités physiques extraordinaires. Force accrue, hypervitesse, ou manipulation mentale. Cela ne l’effrayait pas, mais il valait mieux rester prudente.

– Je suis désolée, c’était qu’un accident… commença-t-elle en prenant le chemin pour rentrer chez ses parents.
– Un accident, mon cul ! Tu l’as fait exprès ! Je me serais contenté d’un simple non, rétorqua le jeune homme hargneux, en la suivant avec insistance. Tu sais combien nous coûte notre uniforme, hein ? Je veille sur ta sécurité, et c’est comme ça que tu me remercies ? T’es qu’une peste avec un caractère de cochon mal dressé ! Si tu continues sur cette voie, tu finiras vieille fille au crochet de tes parents !
Presque parvenue chez elle, la jeune fille s’arrêta et se retourna si brusquement, une telle rage dans ses iris, que le soldat fit un pas en arrière pour ne pas la bousculer. Ils se toisèrent quelques secondes, puis il cracha à ses pieds, comme pour conjurer un mauvais sort.
– Tu peux dire à ton père que notre accord est rompu ! grogna-t-il entre ses dents, avant de disparaître en un éclair, sous le regard médusé de Siobhan.

Hypervitesse donc. Mais de quel accord parlait-il ?