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Voici un extrait de ma nouvelle Les Dragons d’Emerya

les dragons d'Emerya

« Alya scrutait le ciel de ses yeux émeraude, la main en visière pour se protéger du soleil ardent. Il y avait plusieurs heures que sa compagne s’était envolée dans l’azur d’Emerya, et toujours aucun signe. La rousse commençait à s’impatienter. Les capitaines avaient appelé tous les soldats pour le débriefing d’après combat, ce n’était pas le moment de traîner. Soudain, une ombre survola la caserne et se dirigea vers le sud, vers l’aire d’atterrissage. Alya poussa un soupire, attrapa une pile de vêtements propres, et courut dans cette direction.

Elle arriva quand un immense dragon d’or se contorsionnait dans le sable, repliant ses ailes, se recroquevillant sur lui-même. À ses pieds, ses écailles s’émiettaient en une pluie dorée pour aller rejoindre leurs consoeurs formant l’arène multicolore. Alya ralentit le pas pour mieux observer le spectacle qui la laissait sans voix à chaque fois. Les cornes et les pics laissèrent bientôt place à une peau rose, lisse et douce. La mâchoire hérissée de crocs et de pointes se mua en une tête à la longue chevelure blonde. Le dragon était redevenu femme. Ou plutôt jeune femme, et même jeune fille, à bien y penser.

La rousse soupira et s’avança pour tendre à sa partenaire de combat la tenue réglementaire des dragons d’Emerya. Béryl se tourna vers elle, ses bras plaqués contre sa poitrine menue, un air de défi dans le regard.
– On ne pouvait rien faire de plus, tenta de la rassurer Alya.

La jeune fille d’à peine seize ans lui arracha les vêtements des mains. Elle passa la chemise ample par-dessus sa tête, enfila le pantalon noir et délaissa les bottes que la rousse lui tendait. Puis elle passa devant elle sans un mot et prit la direction du quartier général d’un pas furieux. La plus âgée secoua la tête et la suivit, plus mesurée.

Elles entrèrent dans la pièce surchargée. Béryl rejoignit ses camarades contre le mur du fond et se laissa tomber sur les peaux de mouton éparpillées au sol. Alya fut soudain frappée par la barrière invisible qui séparait les humains des dragons. Les premiers se tenaient debout dans leurs armures patinées par le combat, près d’une grande table, penchés sur une carte discutant stratégie, ignorant les seconds. D’âges variables, ceux-ci attendaient les ordres, se reposant après la bataille qui venait d’avoir lieu. Ils avaient perdu. Les pirates s’étaient échappés avec le précieux butin volé à un navire marchand. La rousse jeta un oeil à sa jeune compagne, recroquevillée, la tête sur les genoux d’une femme aux longs cheveux gris qui lui caressait doucement le front. Les yeux fermés, Béryl dormait déjà. Elle avait tout donné dans cet affrontement, vomit le feu qui lui brûlait les entrailles, perdu des camarades prit dans les filets ou les harpons des corsaires. Pouvait-on imaginer condition plus pitoyable que celle d’un dragon ?[…] »