Sombre Coeur

les dragons d'Emerya

« Installée à la table du salon, Lady Adelcott traitait quelque parchemin d’importance pour la gestion de l’île. Fêtant tout juste ses trente-ans, cette femme ambitieuse et intraitable, avait pour mission le bon ravitaillement des troupes, et bien sûr l’import-export de mésulite, la fameuse « pierre de dragon », si prisée à l’état brut par les joailliers du continent. L’île d’Emerya était la dernière à extraire ce minerai rare et d’une extrême beauté. C’est pourquoi l’archipel était protégé des pirates par les dragons, ceux-là mêmes qui autrefois, protégeaient les mines des hommes.

Debout près d’une fenêtre, serrant dans ses bras une cruche en argent remplie d’eau légèrement citronnée, un jeune homme aux longs cheveux noirs et d’allure chétive, se perdait dans la contemplation du ballet aérien de ses congénères aux reflets multicolores. Son regard envieux ne laissait aucun doute quant à ses pensées. Le discret raclement de gorge de sa maîtresse rappela Onyx à ses obligations. Le garçon s’approcha de la table et remplit le verre de Lady Adelcott. Il renversa quelques gouttes par inadvertance sur les parchemins, et s’empressa d’essuyer son forfait, les mains tremblantes, se confondant en excuses.

– Je… je suis désolé, Lady Adelcott…
– Rah ! Ça va, laisse ça. Retourne à ta place, répondit la femme, agacée.

Onyx s’inclina prestement, puis alla reposer la cruche sur la desserte près de la porte, avant de reprendre sa place dans un coin de la pièce, en attendant qu’on ait à nouveau besoin de lui.

Le bruit des entraînements leur parvenait depuis l’extérieur, porté par le vent d’est. La femme tourna sa tête à la lourde chevelure cendrée vers la fenêtre et se perdit à son tour dans la contemplation de ses compatriotes. Sa soeur était sans doute là quelque part, à rabrouer un soldat paresseux, ou un dragon réfractaire. Alya avait toujours été la plus forte des deux, depuis leur plus tendre enfance. Plus grande, plus rapide, plus adroite. Lady Adelcott aurait tout donné pour que leur place fût échangée, si elle avait pu. Malheureusement, la vie, et leur père en avaient décidé autrement. Alya irait sur le terrain, commanderait un bataillon, tandis qu’elle-même resterait cloîtrée entre quatre murs, utilisant la seule chose vraiment valide : son cerveau à l’intelligence hors pair.

Elle plissa le nez de dédain et reporta son attention sur les parchemins étalés sur la table. Celui qui l’intéressait avait hélas glissé trop loin. Elle claqua des doigts et désigna le maudit papier hors de sa portée, d’une main impatiente. Onyx s’empressa d’obéir et de rapporter ledit parchemin à sa maîtresse. Une ombre passa devant la fenêtre à ce moment précis, et les reflets des écailles d’or de Béryl illuminèrent la pièce. C’était un spectacle époustouflant. Tous ces reflets sur les murs, toutes ces couleurs, ces lumières ! La jalousie et l’envie envahirent l’âme du jeune homme et les larmes lui piquèrent les yeux. Pour un dragon, briller était un but en soi dans la vie. Béryl était la plus belle de tous, la plus majestueuse, leur reine malgré sa reddition. Lui ne brillerait jamais, n’aurait jamais cette prestance, cette beauté. Il n’aurait non plus jamais sa force, ne cracherait jamais du feu… »

Pour en savoir plus sur ce qui lie Lady Adelcott et Onyx, abonnez-vous 🙂

couverture-courroux-glace

La Missive

Quand le conflit entre une mère et ses filles met en péril l'avenir du monde.

Découvrez gratuitement ma nouvelle fantastique "Courroux glacé".

Félicitations et bienvenue parmi les abonnés de La Missive