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Jour 19 : Étourdi

 

Maëlys arriva au village la première et ralentit sa course, à peine essoufflée, lorsqu’elle franchit le mur d’enceinte. Elle salua d’une main les guerrières munies de leurs arcs déjà à leur poste, et emprunta un chemin sur la droite. Depuis l’attaque du troll, à l’époque où Maëlys et Georg étaient enfants, le seigneur Gallio avait construit cette barricade entourant le village, afin de protéger les habitants et leurs maisons.

Il ne fallut pas longtemps pour que Georg la rattrape et entremêle ses doigts aux siens. Elle tourna le visage vers lui et lui sourit. Son contact la réchauffa et lui donna du courage. Ils entrèrent ensemble dans une petite maison silencieuse. Un feu ronronnait dans l’âtre, une bouilloire sifflait sur le poêle, une bonne odeur de thé emplissait la pièce principale. De la chambre du fond leur parvinrent une quinte de toux inquiétante et une voix douce qu’ils reconnurent comme celle de Laïla.

Les deux jeunes gens échangèrent un regard triste et se séparèrent lorsque la porte de la chambre s’ouvrit. La mère les rejoignit dans la salle à manger alors que Maëlys sortait le faisan de son sac. Laïla fronça le nez et lui désigna la cuisine d’un doigt agacé. Puis elle s’avança vers Georg et se planta devant lui, les mains sur les hanches.

— Nous t’accueillons sous notre toit, ce n’est pas une raison pour fricoter avec ma fille. Si Luciane et le seigneur Gallio l’apprenait, tu sais pertinemment ce qui arriverait et…

— Maman ! s’exclama Maëlys en se plaçant à côté de son ami. C’est pas le moment de revenir là-dessus. Dis-moi plutôt de quoi tu as besoin pour papa.

Laïla fixa encore Georg quelques secondes, les yeux plissés, puis soupira et plongea les mains dans les poches de son tablier. Elle avait les traits tirés, des poches sous les yeux, ses cheveux autrefois bruns se teintaient de gris. Elle semblait étourdie, perdue dans ses pensées, ce qui ne lui ressemblait pas. Le jeune homme préféra ne rien rétorquer et sortit dans la rue pour y attendre Maëlys.

Laïla et Tadeus ne l’avaient pas adopté, ils l’avaient seulement recueilli, ce qui représentait déjà beaucoup plus que ce qu’il avait toujours espéré, aussi, ne cherchait-il pas le conflit et faisait toujours ce qu’on attendait de lui. Mais devoir cacher ses sentiments pour son amie était une torture quoditienne. Il s’éloigna un peu pour éviter d’entendre les voix de Maëlys et de sa mère qui se disputaient.

— Il va bien falloir que tu l’acceptes un jour, maman, toi et tous les autres. Georg et moi, il n’a jamais été question qu’il en soit autrement, et tu le sais depuis longtemps.

— Oui, oui, je sais, c’est juste que… Le plus longtemps possible…

— Le plus longtemps possible quoi ?

Laïla se mordit la lèvre et détourna le regard. Elle n’avait jamais abordé ces choses-là avec sa fille, mais il fallait bien avouer qu’elle n’était plus une enfant. Il y avait longtemps qu’elle n’en avait plus le physique, encore moins la mentalité.

La jeune femme se mit à rire comprenant soudain de quoi il retournait.

— Tu parles de sexe ? Tu crois vraiment qu’on a attendu ton consentement ? Georg et moi, on est ensemble depuis toujours. Et même si on fait en sorte de redevenir des enfants à chaque naissance, on grandit bien assez vite, crois-moi.

Laïla s’approcha de sa fille et caressa doucement sa joue, les yeux brillant. Maëlys soupira et lui sourit, puis déposa un baiser sur sa joue.

— Je vais aller chercher les herbes pour papa. Laisse le faisan, je m’en occuperai à mon retour.

La femme sortit un petit papier de la poche de son tablier qu’elle tendit à la jeune femme. Maëlys sortit et referma la porte derrière elle, sous les sanglots silencieux de sa mère.

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